jeudi 14 mai 2009

PRAGUE

Cinq jours à Prague pour installer et présenter ma vidéo les Niveaux de gris (2008) dans l'exposition Spectator Novus (commissaires : Vlasta Èiháková-Noshiro & Francesca Spanó sur une proposition de Filomena Borecka et Panagiotis Christias) à la Galeria Kritiku. Images de la ville, de l'expo, etc ...

Baptiste Debombourg, Chips, 2009


Milan Cais, porteur de mémoire, 2008

au restaurant (pas une oeuvre!)

un autre restaurant


dimanche 10 mai 2009

Remote Viewer

Vu dans l'expo de Noisy-Le-Sec, A la surface de l'infini, une vidéo de 2001 d'un grand nom de la vidéo actuelle, Remote Viewer de Graham Gussin, mais peu vu par chez nous (oui, on aime le texte et l'objet en France, pas la couleur ni la vidéo). Un dispositif de projection simple mais très précis et assez complexe (et donc riche) dans ses enjeux.


Graham Gussin, self portrait with sleeping masks, 2009



Deux projections en vis à vis : une sur un mur / une sur écran suspendu : déjà juste par cette formulation, la question de la localisation de l'image est ici induite, flottante ou recueillie par le mur et l'espace.



Deux espaces construits : celui de la projection : Cyclo blanc et donc white cube arrondi qui renvoie au lieu de tournage de l'image suspendue, un studio de tournage blanc. En face : un espace noir (black box) où est suspendu un deuxième écran.






Blancheur naturelle de l'expo / blancheur supposée de l'Islande vue dans le film projecté dans le cyclo, Islande parcourue en voiture et visible en long panoramique ou travelling. Noirceur naturelle de la projection cinéma et obscurité supposée de la vision mentale en attente d'image du remote viewer/voyant.



Blanc / Noir : Blanc du fond, de l'arrière plan et noir du troisième écran, celui suspendu devant les yeux d'un personnage filmé dans un studio blanc. On comprend donc qu'ici, on emboite les espaces les uns dans les autres, créant une perspective d'espace et de temporalités miroités et bouclées sur elles-même et rejoués dans les perspectives routières de la vidéo d'Islande.




Le personnage assis à une table qui fait face à un écran noir suspendu est une sorte de voyant, de Remote Viewer, un regardeur à distance "professionnel", donc un double de nous-même spectateurs, qui regardons à distance, dans l'espace et le temps, à la fois l'Islande et ce type.



Le film de paysages islandais ne montre rien d'intéressant, aucun récit à imaginer ici, aucun récit non plus à imaginer en regardant le voyant aveugle assis à sa table. Ici, il nous reste à faire le montage et à supposer, trouver, espérer, croire en des correspondances entre les 2 images, entre les 2 écrans, entre les 2 espace-temps enregistrés.


L'hypothèse du dispositif est d'ailleurs absurde (un humour que la fascination actuelle pour l'ésotérisme en art tend à effacer), et sa mise en scène également absurde, car comment espérer du lien direct entre une séquence montée après-coup (le film du paysage est un film et est donc construit et rien n'y indique la continuité des trajets effectué ni une retranscritpion fidèle de l'espace) Alors qu'en face, le voyant est filmé en plan-séquence, en travelling circulaire continu, donc dans un temps insécable et non manipulé. Rien non plus n'indique que le vidéaste/artiste ait été présent au tournage d'aucun des films. Ni que le filmage en Islande ai eu lieu au moment du tournage du film en studio. Ni que nous voyons l'Islande ! (sans doute choisie pour notre incapacité à vérifier et à identifier des lieux)




Graham Gussin : nothing i know / someting i don't know, 2000





Le noeud du dispositif c'est, bien sur, le spectateur et surtout LE MOMENT de notre présence entre les 2 images. Comment créer du LIVE et du non prévisible à partir de 2 bandes enregistrées et différées. (Ce que j'avais à ma façon travailler dans Masques, 2005) Gussin montre comment mettre en scène la croyance à un événement. Il est donc ici bien utile de remarquer que la vidéo date de 2001 et que nous voyons aussi ici une analyse aux rayons X de notre regard devant un autre paysage filmée à distance (les Twin Towers) et aussi monumentale que la Spiral jetty (le RAPPORT entre le film et la sculpture) qui est une référence explicite de Gussin.




Le regard de Gussin nous ramène donc au dessin, à ce qui se trouve sur la feuille et la table du voyant : des lignes, de spoints, une topographie qui renvoie aux scans et panoramiques de la caméra, aux trajets des filmeurs. comme si le dessinateur voyait non pas le paysage d'Islande mais comme s'il avait une vision satellitaire, GPS, des déplacemetns des filmeurs/ de la caméra, ce tiers invisible et contrepoint généalogique de l'écran.








Le dessin c'est donc la main et le geste humain, entre instance de pouvoir suprême et jouissance totale de l'arbitraire du corps qui fait ce qu'il veut, qui improvise. Le dessin du voyant semble ici pris comme hypothèse ou même comme plan de tournage à suivre pour Gussin, donc comme story-board (ce qui n'a rien à voir avec le scénario et le récit) ! Nouvelle façon de perturber les hiérarchies temporelles entre les différents moments de la création cinéma : ENTRE désir, projet et dessin (design), ENTRE tournage et organisation, ENTRE montage, manipulation et post-production.







Vue d'un élément de l' installation, Maxime Thieffine, Masques, 2005 au Fresnoy




Cet ordre "classique", c'est celui de Hollywood et de la chaine des causes et des effets, celui sur lequel repose le journal TV et les médias, celui de notre attention molle et passive à la fatalité des images animées. Ordre idéologique fort que tord et renvoie à un néant absurde Gussin dans ce travail malicieux et rigoureux, qui s'il parle d'abstraction, parle de l'abstraction (et du neutre) sur laquelle SE FONDE nos rapports aux images, à leur surgissement et à la mise en circulation dans des réseaux de sens qui succèdent / comblent cet abstraction (ce néant) essentielle.





vendredi 1 mai 2009

By Accident

Une expo très singulière centrée sur la transmission et ses variantes : traduction, commissariat, archivage, portail d'accès. Avec dans cet espace ultra réduit, Le Commissariat, un taux très élevé de compression : 2 vidéo-projections, des magazines et catalogues historiques et un commissaire-médiateur Damien Airault qui vous parle, commente, sous-titre, légende, explique, embrouille, projette aussi et devient une troisième voix (ou troisième projection) qui n'englobe plus les autres mais se fond en elles ou se pose à coté d'elles. Damien explique le projet (regroupant des démarches artistiques à la limite de l'immatériel et de la méta-expo, où je découvre Jacques Charlier) qu'il a conçu avec Douglas Park et Komplot (de Bruxelles). Il fait le doublage de la vidéo où l'on entend Douglas Park (plus qu'on ne le voit) et où on peut lire les sous-titres, faisant une leçon/performance ou radotant tout simplement en un long monologue captivant. Cet excentrique anglais tisse d'infinis liens historiques entre des actes, personnes, légendes, lieux d'un certain underground anglais des années 70-80 (si mes souvenirs sont bons).

Douglas Park


J'ai adoré cette voix si anglaise, parsemée d'hyper-liens et de mots étoilés, de noms qui ouvrent sur la scène pop anglaise, évoque Bryan Ferry, Throbbing Gristle et les mythologies londoniennes de Gilbert & George ou Mark Leckey (entre autres).


Jacques Charlier au SMAK en 2003




Un projet très stimulant dans sa richesse, sa souplesse et son aspect dé-esthétisé de l'archive et du document, dimension permise par l'échelle et la situation du lieu (l'honnêteté du contexte) et par la personnalité des gens qui l'ont fait. Une expo pas si éloignée de celle de Ryan Gander qui fonctionne aussi sur l'hyper-lien disséminé dans tout objet et sur une obligation faite au spectateur de tracer son chemin, de dessiner un fil : c'est à dire que la transmission/traduction passe par un travail d'encodage et d'expérience de l'énigme. Voici d'ailleurs ce que j'ai trouvé sur Wikipédia en cherchant "Pythie", en pensant au travail effectué ici par Damien :


"Travail de traduction, de clarification d'un oracle, de recherche et d'historien à aprtir d'un délire, d'une bouche anonyme et mytholgique, une pythie."





Le sanctuaire de Delphes, en effet, est « oraculaire » : la parole du dieu y est transmise aux hommes par l'intermédiaire de la Pythie, dont la tradition antique fait une jeune vierge inculte, installée sur un trépied placé dans une fosse oraculaire, l'adyton, juste au-dessus d'une fissure d'où les Anciens pensaient qu'émanaient des vapeurs toxiques ; la Pythie tient une branche de laurier (l'arbre du dieu Apollon) et une « phiale », récipient plat dépourvu d'anses, servant aux libations).




jeudi 30 avril 2009

AVRIL 2009 - pop selection

Mes principales découvertes musicales mémorables de ce mois d'AVRIL 2009, que j'ai essayé de regrouper en 3 catégories : 1. des mélodies et recherches pop, 2. des discomaniaques qui creusent en profondeur des liens historiques et stylistiques dans la danse puis 3. les crooners solitaires :





1. mélodies et recherches pop

Boat ClubEncore un groupe suédois, des rythmes house suaves (Ten City), les guitares crystallines des Byrds (ou des Cocteau twins), des voix masculines molles, éthérées et mélancoliques (à la Fieldmice, Sarah Records), mais des mélodies synthétiques qui élèvent toute cette tristesse au dessus des nuages ("you can't fake the sunshine" fredonnent-ils dans "Warmer climes"). Du niveau du meilleur St Etienne ! Encore une des ces énièmes trouvailles en terre scandinaves, qui a définitivement détroné l'Angleterre pour la pop blanche sophistiquée et accessible, une pop qui ne connait pas le rock, la virilité et la rebellion prolétaire, une pop de classe moyenne, tertiaire (laptop music) et globalisée, de garçon solitaire qui rêve d'unanimité et d'hymnes populaires tristes.


Un duo de filles de Los Angeles, totalement déjantés, droguées (!?), une sorte de parodie de la rock star qui mélange Courtney Love et Céline Dion dans les poses et l'attitude. La musique ? De la Pop-funk blanche 80s légère (Lio, Tom Tom Club, Roxy Music) et somnambulique, proche de Telepathe, sombre (enfoui sous les basses plutot soul) et lente. La voix ? Chant éthéré sur des boucles synthétiques qui évoque le son unique de Torch Song (= Rico Conning et William Orbit + Laurie Mayer) sur "Chimera". Ce groupe semble aussi et surtout être une expérimentation sonore et conceptuelle dans la veine de Phil Spector et de Martin Hannett : une production sonore qui teste les limites entre la dislocation/décorporation totale du son et la structure carré et incarnée de la pop song classique. CASIO PSYCHO FUNK !?













2. post moderne pop
Brain machine

Très peu d'info sur leur page Myspace, noire et aérée et pratiquement vide ! De la disco noire (Moroder sans les tubes), électronique et progressive (du krautrock à la Manuel Gottsching pour les motifs rythmiques fractals), qui vous embarque dans de langues trances comme si Basic Channel avait existé en 1978. Donc, une fiction temporelle post-moderne. Comme l'indique leur label : This is not an exit records, on plonge dedans, dans le cerveau (brain machine c'est leur nom !!) et la mémoire, dans le noyau souterrain de la disco, le centre de la piste de danse.


Glossy Edits


Pure space disco ("Payama"), des rythmes calmes et fatigués mais un groove profond (les basses sont sa base) qui emmène le funk électronique du bon coté (sophistiqué et soul) de Daft punk (et pas le hard rock d'ordinateur pour stadium de Justice). Des cut-up façon remix des années 80 mais pratiqué sur des samples 70's, sur de la disco et de l'électro 90s ("don't chop the music"). Un frère de Ambassador's reception et Italians do it better, ainsi que du label New Yorkais DFA ("burning love")

Hounds of Hate


Un DJ Londonien à suivre, qui célèbre le son rétro de la deep house de Chicago vers 1986, simple et basique (dans les basses et l'ambience sonore), posé sur groove et une rythmique mid tempo et kunky, saupoudré de sons de jeux vidéo 80s et de clins d'oeil Princiers. Comme beaucoup d'artistes actuellement, il assume un son assez plat et répétitif mais affiche un singularité dans sa démarche, en ne fétichisant pas les sons et les gimmicks du passé mais en remettant en ondes ce qui a pu les faire naitre jadis.


Faux pas


Un Australien qui compose des instrumentaux à base de collages sonores d'origines pop, collages dont les jointures sont travaillées de façon à mettre en valeur rythmes et mélodies. On n'est plus du tout dans le sample virtuose de DJ Shadow qui célèbre la rupture mais dans un glissement perpétuel de renvois et de souvenirs, de sons hypertextes, s'emboitant par analogies et réminiscences dans un mouvement fractal continu qui ne sacrifie pas la mélodie au coté pompeux du rock progressif ni à l'impro jazzy. Faux pas pratique une vaste grammaire culturelle de l'arrangement pop, dance, disco, house, funk, jerk, afrobeat, ska qui va des Beastie Boys ou Beck à JM Jarre, en passant par Depeche Mode et Hot Chip, des bongos du space disco aux mélodies idiotes à la Kraftwerk, de façon tellement joyeuse et sincères ici ...




3. Crooners synthétiques et solitaires
Faux Fox

Je remarque une belle évolution dans le paysage de la pop américaine depuis Casiotone For the painfully Alone (qui venait du lo-fi folk et d'une idée de la culture alternative et de la bedroom music) pour arriver aujourd'hui à un type qui se prend pour Dave Gahan (Depeche Mode) ou John Foxx sans être gay ou kitsch outragé. Les dandy 80s de la pop anglaise sont pris comme modèle de songwriting et de chant pour des chanteurs pop rock américains (traditionnellement plutot virils, plaintifs ou criards).


Ce qui paradoxalement permet à ce Faux Renard de retrouver le fond de blues enfoui qui réside dans toute chanson pop (de Lio à New Order), qui renoue avec la complainte et l'espression de la solitude urbaine d'un homme, à l'aide de son synthé et d'un rêve de grandeur, d'une projection de soi comme humanoïde brisé mais qui tient encore debout.





Epee du Bois
Avec l'erreur de français dans son nom, voici un solitaire de Brooklyn qui pratique la pop sur son casio, en évoquant les débuts de Jarvis Cocker, l'album "Separations" de Pulp en particulier ou le premier LP de Depeche Mode (sur "Exits" et "No trees"). En frère spirituel de Marc Almond, il se prend pour une diva ou un Elvis à las vegas (ou dans sa chambre, ce qui revient au même) accompagné par un son lo-fi et des boites à rythmes cheap (son Dave Ball à lui). Sa voix, lyrique et solide, porte de véritables chansons ("misery") alors que ses instrumentaux ressemblant à des musiques de films gore des 70's ("passage to passage') le projettent dans un univers industriel, nostalgique de Suicide ou d'OMD (époque "architecture & morality").

Avril 2009 - TOP 5