samedi 6 juin 2009

V I D E O ART

sélections de clips assez épatants :

LA roux : bulletproof, qui entremèle JP Raynaud,
Tron et la suite d'expos 220 jours dans un synthèse de (presque tout) l'art du 20 eme siècle




et pour voir la jeune fille (LA roux est un duo, la fille le visuel) en moins coincée et plus vivante et jolie : interview ici

Rex the dog : bubblicious (animation)





Numéro : tout est parfait




M83 : we own the sky (Sorry M. Klein !), à voir sur le lien vers YouTUBE ? belle vidéo, c'est mon coté fleur bleue malgré un coté hollywoodien - pub pour produits laitiers - vidéo de Laurent Montaron ...

et puis une nouveauté : Harmonic 313 : battlestar (Warp records) pour les vibrations



et pour finir en plus cheap et documentaire : Duchess Says : black flag , qui recycle un documentaire des 80's assez passionnant si on pense à Mark Leckey (cf mon post ici)



jeudi 4 juin 2009

Le son de Group Doueh

Soirée aux Instants Chavirés (Montreuil), pour découvrir le Group Doueh, qui tourne en Europe grâce au label Sublime Frequencies, des américains qui distribuent des musiques pop et électriques de patries non connues de nos oreilles occidentales (pop thai, proto raï des 70’s, groove du Sahara, etc). Une veine de sons électriques que j’avais mis en play-lists sur You tube, partant du psychédélisme US des 60s et réapparaissant dans la pop globale actuelle au travers de Rainbow Arabia et des branchés de Brooklyn, ou ce type de labels de ré-édition/re-diffusion.





Une musique donc que je ne connaissais pas du tout mais que je peux entendre parce que mes oreilles de pop-fan et ma culture rock blanche issue de la tradition anglo-saxone des sixties m’a, en quelque sorte, préparée. Et à l’écoute de ce concert, agréable malgré un son assez difficile (trop d’aigus saturés), j’ai entendu de nombreux univers sonores que je connaissais qui traversaient l’ampli de guitare, les 2 voies (homme et femme) et le synthé de Group Doueh.



D’abord le Yamaha, joué assis, par un jeune type (ou est-ce l’inverse : le type joué par son Yamaha ?) qui semble se souvenir de basses roulantes, grondantes et galopantes de l’Acid house des premières années (Acid Thunder / le son de Chicago en 86-88 tel que sauvegardé sur la compilation Acid de Soul Jazz Records par exemple). Mémoire de machines synthétiques qui portent le souvenir de motifs qu’ils n’ont jamais entendu mais qu’ils ont joué sous d’autres cieux et dans d’autres géographies.


Généalogies inconscientes qui passent aussi par la complicité entre boîtes à rythmes et basses dansantes et guitares électriques chantantes que évoquent fortement le son mancuniens des années 90 : Madchester et plus particulièrement les Stone Roses période One Love ou la tournée de 1989. Sonorités aigües et arabesques et psychédélisle des guitares déformées à la wah-wah ou par autres effets (que je connais mal) qui viennent pour nos oreilles de Robert Fripp et de la talk-box de Roger & Zapp (parvenus jusqu’à nous par l’intermédiaire des voix de robots des Daft Punk).




Les voix de l’homme et de la femme (grand charisme et grande joie perceptibles sur scène) prolongent en longue incantations tournoyantes et répétitives le chant aigu et électrique de la guitare de Doueh, guitariste et leader du groupe. Comme des enfants qui imitent des instruments avec la bouche, les volutes se croisent et se superposent, comme une transe à la Manuel Goettsching. L’air de rien se dessine toute une filiation sonore qui part du bain électrique bouillonnant du Velvet Underground, se difracte et rayonne par Suicide (via le dub ) car les réverbs sont omni présentes chez Doueh. Ca peut sonner kitsch mais c’est aussi un effet clé du psychédélisme. Guitares saturées et brouillage (nuage orageux) entendus chez Spacemen 3/ Loop , Sonic Youth et la noisy des 90’s.

Moment magique et étrange hier de voir toute cette jeunesse branchée (bien peu d’Arabes dans la salle) danser et taper des mains sur des rythmes et chants au fond très simples et pas loin de Kassav ou la Compagnie Créole, j’exagère à peine, le son n’est pas le même mais l’esprit des mélodies et des rythmes est finalement assez proche.


Destin des sons et des usages des instruments assez fascinant, qui font des détours dans le temps et la géographie pour se croiser, disparaître et réapparaitre ailleurs, là où des oreilles et des corps peuvent les entendre et les jouer à nouveau. Une info qui résonne particulièrement ici, le père de Thomas Banglater n’est autre que Daniel Vangarde, le producteur de Ottawan et de la Compagnie Créole. Comme quoi …


Un mot sur le film diffusé avant le concert (Palace of the winds de Hisham Mayet), le voyage filmé (mal) par un producteur du label qui les édite aux USA, voyage qui avait pour but de retrouver justement le dit groupe Doueh en partant du Maroc pour arriver en Mauritanie. Signalons dans le film, la présence de Yassin Oueld Enana, si j’ai bien lu au générique, à découvrir et à écouter également. Dernière séquence sublime du guitariste et claviériste affalés dans un canapé, jouant mollement (rappelant les films de Satyajit Ray) – de façon non expressive dirons –nous (mais avec une super puissance sonore) devant une assemblée constituée d’une cinquantaine de femmes, toutes assises, dans un vaste salon, 2 ou 3 dansent debout, les autres parlent et écoutent. Moment abstrait, hors de la vie et du monde ! Toutes sont revêtues de voiles ne laissant voir que leurs mains et visages, mais elles sont maquillées et apprêtées. Leurs voiles légers sont hyper colorés, fluos, pastels, turquoises et bigarrés de motifs animaliers évoquant des peaux de serpents, de caméléons ou de tigres. Foisonnement de couleurs, imbrications de trames et arrière-plan mythologique animalier fascinant pour ces corps vivants dans le sable et le désert, en même temps que sophistication picturale et visuelle. Cette situation aurait plu aux surréalistes.

lundi 1 juin 2009

Perfume Genius Gay Angels

Une vidéo simplement incroyable : comment s'écorcher vivant, mais à l'envers.




et ce commentaire de la vidéo par un internaute ci dessous !!!!

drippingdream : This song makes me wish I could suck my own dick.

A propos de Less Than Zero

Ca faisait quelques mois que je relisais tout doucement Less than zero de Bret Easton Ellis, pour rester dedans et profiter de son rythme et de son état d'âme. Je viens de le finir.


Le résumé : Clay rentre de la fac/du lycée pour les vacances, retrouve vaguement ses soeurs et ses parents et circule d'une maison, d'une fête, d'un groupe d'amis, d'un restaurant, d'un bar à l'autre.Il ne sait s'il va ressortir avec Blair et repense à sa grand mère morte il y a quelques années Nous voyons cette faune d'adolescents, souvent de 15 à 17 ans, au travers des yeux de Clay, ce personnage dont on ignore l'apparence (on apprend parcimonieusement qu'il est blond, bronzé, cheveux court et sans doute mignon mais on peut s'imaginer à l'intérieur de lui sans difficultés). Cet été à L.A. permet de décrire une classe sociale oisive et ennuyée, une ville, des modes de relations sociales et fait apparaitre progressivement une sorte d'enfer caché en transaprence dans ce décor mélancolique et ensoleillé.







Ce qui est passionnant dans la lecture de ce roman de 1985, le premier de BE Ellis (écrit à 20ans !), ce n'est pas tant le coté glamour/moralisateur ou glauque/décadent, ni l'évolution progressive vers des scènes de violences de en plus crues, même si rares et ponctuelles. C'est plutot le style et la voix du personnage et de l'auteur à travers ce personnage. C'est aussi le montage composé par le regard de ce personnage, en caméra subjective tout du long. Un regard qui me rappelle énormément Robert Bresson ou Tsai Ming Liang. La langue est très simple, un anglais basique et des phrases très simples : sujet-verbe-complément ou objet et énormément de "AND", de ralongement de la phrase par "ET" pour enchainer soit une autre action, soit un autre nom de personnage soit un autre souvenir. Les enchaînements de causes et d'effets, l'analyse et l'exploration psychologique a disparu au profit d'une juxtaposition continue, d'un flux égal entre les mots eux-même et entre ce qu'ils contiennent et ce qu'ils décrivent : personnes, lieux, actions. Ellis ne décrira rien que n'aura pas vu son personnage, il est enfermé dans son point de vue et sinterdit donc toute interprétation et jugement sur les autres car Clay est comme sonné, absent, DUMB !







Logiquement c'est Clay qui souffre en fait du parti pris esthétique de l'auteur, Ellis veut avoir un point de vue incarné mais non-interprétatif et anti-psychologique sur les autres, sur ce milieu qu'il décrit. Donc il éteint cette voix intérieure de son personnage, pour le réduire à un enregistreur, ce que Blair (son ex) va reprocher à Clay aux derniers chapitres. Alors que Ellis a insinué malgré tous ces efforts de neutralité un jugement moral sur ce microcosme, ce dont on pouvait se passer.




L'aspect le plus frappant de ce nivèlement du réel par le style et le phrasé réside dans le balisage des phrases par des mots-signes culturels, ce qui fonctionne très bien avec la langue anglaise en VO, car le lecteur passe de noms propres de personnages (Clay qui signifie Argîle, Rip qui signifie Déchiré, Spin qui signifie Tournoyant) aux noms de lieux (les quartiers de LA, les nombreux restau et bars et clubs : mais aussi les chansons pop qui traversent l'air et les scènes - Clash, X, Go-go's, Psychedelic furs, human league, Fkestones, Squeeze, U2 etc) qu'il faut bien-sur lire comme des références mais aussi de façon littérale comme des mots poèmes, comme des signes concepts flottants et faisant leur apparition au milieu des corps et du langage, parasité par encore plus de textes : sur des T-Shirt, des plaques minéralogiques ("DECLINE"), des posters (le regard de Elvis Costello) et des affiches publicitaires ("disappear here"). Le lecteur et personnage circule dans une atmosphère de signes, de signaux qui s'accumulent, s'empilent par effet de mémoire et de retour, de répétitions et élaborent une tension sourde et sombre (la présence de coyottes, la rumeur de meurtres ou de personnes mortes d'overdose) qui va aller croissante vers la fin de façon trop prévisible (qui se veut visionnaire de l'au-delà des apparences) est trop moralisante. On croise un coyote écrasé et agonisant, puis le visionnage d'un snuff movie puis un viol pédophile puis le proxénétisme.






"Less than zero" (le livre) est filmé, capté et transcrit non pas de façon neutre, (ça n'existe pas). On pourrait dire que Ellis décrit purement la surface visible des choses (façon Perec) ici réduite à des détails culturels typiquement décryptés par les ados (couleurs de vétements, marques d'objets, coiffures) mais aussi au travers de l'expression et observation fine des visages, de ce qui traverse les regards. On passe par des dialogues totalement creux mais trancrit en détails, dit-elle, dit-il dit-elle dit-il, retour à la ligne à chaque fois. Ellis privilégie l'énumération et la succession des actes et des mots, de façon linéaire, refusant clairement la synthèse narrative et l'analyse psychologique.




Le talent de Ellis réside dans la micro observation de gens qui ne font rien et échangent très peu. Ce qui en feraient des figures-clichés issus de clips ou de séries TV, sauf qu'il réussit à en faire des personnages vivants, et cela passe par la transcription des silences, des regards détournés, de la manipulation nerveuse d'objets, de personnages secondaires et multiples croisés, de point de vues observant des actions lointaines dans leur champs de vision en même temps qu'ils discutent de sujets passant du coq à l'âne. On passe d'une vision panoramique par la fenêtre à des micro-détails (des fourmis dans un yahourt), d'une conversation tendue et intime à des affiches publicitaires dans la même phrase. On change d'échelles sans changer de style et de ton. Le factuel, le mental, le publicitaire, l'émotionnel, le souvenir, l'accident brusque, l'horreur humaine dans un même style : ni pop, ni baroque, ni moderne forcé, simplement dans une langue simpliste, scolaire même mais subtilement montée (au sens cinématographique) et filtrée par un regard mécanique et impartial. Zapping et collage mais totalement appaltis et sans cicatrices grace à la durée et au silence qui le enveloppe.







capture d'écran de "les 4 nuits d'un rêveur" de Robert Bresson




Ce silence est ce qui m'a le plus captivé, on sent un silence de fond, un calme, une façon posée et impassible de suivre son personnage, dé crire ses pensées, flashbaks, ses états ou la dissimulation de ses états intérieurs. La mise en page de cette édition en larges caractères très aérés y fait beaucoup mais le choix d'une vue de LA en couverture (composée par David J. High), vue d'un ciel s'évanouissant dans le blanc du papier retranscrit parfaitement ce style blanc et sec qui décrit une atmosphère autant qu'un paysage mais au travers d'un photographie, une image détaillée et précise, nette et classique (posée, cadrée, allemande pratiquement, signée Chris Hiller).




Ce silence est évoqué par la blancheur de L.A., le soleil dans le récit, le coté plat (sans ombre) des phrases et des actions (pas de personnages) et par la présence visuelle des mots, mots-images des noms propres et des marques ou des groupes de pop music. Blancheur aussi pour ce coté juxtaposé, comme aligné sur des étagères des maillons de la chaînes du récit et de la langue - segmentés et désinervés (comme on enlève les nerfs et les veines d'une viande)




En lisant, j'imaginais toujours les actions filmées par Bresson, des axes étranges mais fixes et droits sur le sujet. Rien à voir avec le style clip et baroque de Gregg Araki qu'on a souvent associé à cet univers. Ceux qui ont adapté Ellis au cinéma n'ont vu que le sujet et le folklore local, la jeunesse dorée de LA, et ont ignoré la lumière et le regard qui était porté sur elle en littérature par Ellis.




Le récit et le style n'est pas pour autant monolithique et d'une seule tonalité. Au contraire, ce style scolaire linéaire et factuel permet de façon capricieuse et à peine perceptible (comme on est pris dans une torpeur particulière) des accélérations, de la souplesse, des sautes abruptes entre des ellipses inexpliquées et des dilatations du temps. On passe sans même s'en rendre compte des nombreux détails d'une situation simple ou ayant duré peu de temps à une compression d'une seule journée en 2 lignes. On passe d'un regard photographique, exploratoire et en profondeur à un cut-up façon clip-MTV. On passe d'un regard scrutateur qui voit et vit tout comme au travers d'une photographie hyper nette à des enchainements factuels super abstraits et elliptiques. On change de pièce, de restaurant, de partenaire et d'état d'âme en 3 lignes alors qu'on reste parfois 3 pages avec des personnages qui ne font strictement rien assis au bord d'une piscine. Jamais ou peu d'adjectifs qualificatifs pour créer du relief émotionnel, pour distinguer un fait d'un autre. Parfois une phrase en fin de chapitre ou coincées au mileu d'un long paragraphe émerge à peine comme comme une confession d'une émotion, d'un regret murmuré, d'un sentiment et n'en est ainsi que plus touchante. Ces trouées d'humanité et d'individualité hantent une existence hyper sociale et relationnelle. Ces ponctuations sont poignantes sans s'afficher ni avoir de conséquences sur la suite du récit et ni sur les perceptions du personnage qui nous sert de filtre et de point de vue.(voir autre post)




Thomas Schutte : zombie III, 2007




Chaque châpitre, ni numéroté ni titré, est une séquence, non réliée aux autres. Le temps des horloges ne compte absolument pas puisque personne ne travaille et que tous les jours sont identiques. On sait simplement qu'ils se suivent mais selon une linéarité trouée et désarticulée, sans hiérarchie établie entre moments transitoires et noeuds dramatiques. Vers la fin, des séquences en italiques de plus en plus fréquentes, des flashbacks autour de la grand-mère de Clay et de sa mort viennent contredire cela et font office de clé psychanalytique un peu faible (au moment où il décide justement de ne plus aller chez son psy)










On trouve aussi ce qui sera développé dans American Psycho et repris par Houellebecq dans L'impossibilité d'une île ou Extension du domaine de la lutte), ce décalage entre réalité / perception / énonciation : 3 vitesses différentes qui isolent le personnage et font de la réalité autour une sorte de rêve perçu à travers un voile. Le personnage doute de ses liens avec ses émotions et avec la réalité qui les a, peut-être, provoquées. Alors, il devient impossible de dire si c'est le personnage qui se dissout et disparait ou si c'est la réalité autour de lui qui perd toute consistence. Ce coté "drogué" et déconnecté fait vraiment partie du plaisir à lire Ellis, C'est un détour dans un monde artificiel qui anesthésie le lecteur et le coupe de sa réalité immédiate, par contamination avec le personnage de Clay, mais profite du fait que nous avons de la distance avec lui (nous tenons le livre dans nos mains). Ce qui crée le silence autour de soi (impossible pour moi de lire ce livre avec de la musique dans la pièce) et vous ramène paradoxalement à vous-même, vous réveille et vous place dans une sorte de solitude et de degré zéro dans notre rapport à la langue et à notre existence/présence sociale. Comme une vanité hollandaise, séduisante mais sur fond de néant, elle fait le ménage et recentre l'individu sur lui-même, le nettoie de l'information superficielle qui nous pénètre au quotidien (actualité, distractions) pour nous amener au danger de se regarder en face et nu dans le miroir qu'est Clay, un être de fiction, un "Je", un "I" anglais, si évanescent mais si palpable et si réel. Isolé, perdu dans le temps et l'histoire ("lost in space, lost in time & lost in meaning" comme ils chantent à la fin de Rocky Horror Picture show) Clay est une chimère mais un frère jumeau qu'on connait si intimement bien.


Less than zero - extrait

A partir de la page 84 : édition Vintage Books, ré-édition de 1998






"Where's Kim?" Spit asks when he doesn't get an answer from Dimitri, who just stares into the pool, strumming the guitar. He then looks over at the four of us standing around him and for a minute it looks like he's going to say something. But he doesn't, just sighs and looks back at the water.






This young actress cornes in with some well-known producer, who I met once at one of Blair's father's parties, and they check out the scène and walk over to Kim, who's just gotten off the phone, and she tells them that her mother's in England with Milo and the producer says that last he heard she was in Hawaii and then they mention that maybe Thomas Noguchi might be stopping by and then the actress and the producer leave and Kim walks over to where Blair and l've stood and she tells us that it was Jeff on the phone.


"What did he say?" Blair asks.
"He's an asshole. He's down in Malibu with some surfer, some guy, and they're holed up in his house."
"What did he want?"
"To wish me a Happy New Year." Kim looks upset.
"Well, that's nice," Blair says hopefully.
"He said, 'Have a Happy New Year, cunt,' " she says, and lights a cigarette, the Champagne bottle she holds by her side almost empty. She's about to cry or say something else when Spit cornes over and says that Muriel locked herself in Kim's room and so Kim and Spit and Blair and I walk inside, upstairs, down a hallway and over to Kim's door and Kim tries to open it but it's locked.
"Muriel," she calls out, knocking. No one answers.
Spit pounds on the door, then kicks it.
"Don't fuck the door up, Spit," Kim says, and then yells out, "Muriel, corne out."
I look over at Blair and she looks worried. "Do you think she's ail right?"
"I don't know," Kim says.
"What's she on?" Spit wants to know.
"Muriel?" Kim calls out again.



Spit lights another joint, leans against the wall. The photographier cornes by and takes pictures of us. The door opens slowly and Muriel stands there and looks like she's been crying. She lets Spit, Kim, Blair and the pho-tographer and me into the room and then she closes the door and locks it.



"Are you ail right?" Kim asks.
"l'm fine," she says, wiping her face.



The room's dark except for a couple of candies in the corner and Muriel sits down in the corner next to one of the candies, next to a spoon and a syringe and a little folded pièce of paper with brownish powder on it and a pièce of cotton. There's already some stuff in the spoon and Muriel wads the pièce of cotton up as small as possible and puts it in the spoon and sticks the needle into the cotton and then draws it into the syringe. Then she pulls up her sleeve, reaches for a belt in the darkness, finds it and wraps it around her upper arm. I spot the needle tracks, look over at Blair, who's just staring at the arm.



"What's going on here?" Kim asks. "Muriel, what are you doing?"



Muriel doesn't say anything, just slaps her arm to find a vein and I look at my vest and it freaks me out to see that it does look like someone got stabbed, or something. Muriel holds the syringe and Kim whispers, "Don't do it," but her lips are trembling and she looks excited and I can make out the beginnings of a smile and I get the feeling that she doesn't mean it and as the needle sticks into Muriel's arm, Blair gets up and says, "I'm leaving," and walks out of the room. Muriel closes her eyes and the syringe slowly fills with blood.



Spit says, "Oh, man, this is wild."
The photographer takes a picture.
My hands shake as I light a cigarette.



Muriel begins to cry and Kim strokes her head, but Muriel keeps crying and drooling all over, looking like she's laughing really and her lipstick's smeared all over her lips and nose and her mascara's running down her cheeks.



At midnight Spit tries to light some firecrackers but only a couple go off. Kim hugs Dimitri, who doesn't seem to notice or care, and he drops his guitar by his side and stares off into the pool and eleven or twelve of us stand out by the pool and someone turns the music down so that we can hear the sounds of the city celebrating, but there's not a whole lot to hear and I keep looking into the living room, where Muriel's lying on a couch, smoking a cigarette, sunglasses on, watching MTV. All we can hear are windows breaking up in the hills and dogs beginning to howl and a balloon bursts and Spit drops a champagne bottle and the American flag that's hanging like a curtain over the fireplace moves in the hot breeze and Kim gets up and lights another joint. Blair whispers "Happy New Year" to me and then takes her shoes off and sticks her feet into the warm, lighted water. Fear never shows up and the party ends early.



And at home that night, sometime early that morning, I'm sitting in my room watching religious programs on cable TV because I'm tired of watching videos and there are these two guys, priests, preachers maybe, on the screen, forty, maybe forty-five, wearing business suits and ties, pink-tinted sunglasses, talking about Led Zeppelin records, saying that, if they're played backwards, they "possess alarming passages about the devil." One of the guys stands up and breaks the record, snaps it in half, and says, "And believe me, as God-fearing Christians, we will not allow this!" The man then begins to talk about how he's worried that it'll harm the young people. "And the young are the future of this country," he screams, and then breaks another record.



puis quelques pages plus tard retour sur cette scène :



page 148

We walk into her room. There's only a big mattress on the floor and a huge, expensive stereo that takes up an entire wall and a poster of Peter Gabriel and a pile of clothes in the corner. There are also the pictures that were taken at her New Year's Eve party tacked up over the mattress. I see one of Muriel shooting up, wearing my vest, me watching. Another of me standing in the living room only wearing a T-shirt and my jeans, trying to open a bottle of champagne, looking totally out of it. Another of Blair lighting a cigarette. One of Spit, wasted, beneath the flag. From outside, Muriel screams and Dim-itri keeps trying to play the guitar.