


C-print, collés ou/et pliés



C-print, collés ou/et pliés



On peut assimiler cette pratique à du dandysme qui dissimule l'émotion (soul, tortueuse et viscérale) sous une épaisse fumée synthétique et glaciale, pudique MAIS expressive. La meilleure preuve de cette logique au niveau visuel, le dernier clip de la sélection: « Suicide dream », une sorte de slow langoureux et lacrimale mais perçu depuis le fond des mers, accompagné d’images d'un corps d’homme-torche plongeant d'une falaise, mais diffusé à l'envers, c'est à dire sortant de l'eau verte (et mortifère) pour retrouver sa flamme brulante et vive en plein vol.


Les extraits sont ici remontés, ralentis ou traités comme un riff de guitare dans un ampli : manipulés, tordus, étirés, dédoublés, superposés, déréglés, inversés, saturés, difractés ... (comme Godard en vidéo ou même Sokourov). Harley travaille sur une expérience de seconde main, non pas l’expérience directe du tournage des films mais celle de leur consultation, archivage et visionnage comme matière numérique et non comme pellicule. Il manipule des corps déposés dans des images elles-même déposées dans un encodage de sauvegarde, le numérique/l’électronique. En se passant du film original, de sa matière pellicule, de son contexte et de toute dette envers les auteurs et les intentions intiales, il va en chercher, comme un archéologue, le cœur humain, le noyau dur, enfoui. Ou plutôt ce qu’il décide de voir comme le noyau dur là-dedans : l’émotion exprimée par l’acteur. Neutraliser le contexte a pour effet de faire émerger cette part humaine vraie nichée dans le corps du comédien. Il plonge ensuite leurs corps filmés dans un second bain de fiction, un nouveau contexte sonore et un nouveau contexte de diffusion (le clip sur internet) pour les faire renaître sous une autre forme ou plutôt rediriger la dynamique émotionnelle vers d’autres effets. Comme si l’image se dotait d’une nouvelle peau, comme du papier photo re-sensibilisé après utilisation ou viendraient se déposer et s’enregistrer d’autres sensations. On ne saurait plus alors distinguer celles de l’acteur au départ, dont le jeu et l’expression se trouvent défaits de la fiction qui l’encadrait de celles que le nouveau contexte sonore et le traitement de l’image fait naitre. Bain de jouvence de l’image et ré-activation du jeu de l’acteur qui se transmettent mutuellement leur qualités : l’image comme corps opaque et l’acteur comme présence et inversement.

La charge corporelle, à la puissance émotionnelle du rnb, du hip hop et de la soul, flamboyante, sexy, exubérante (cf. « Mr By & By » et « Decisions »), est ici atténuée mais au fond renforcée . En noyant les signes et l’écriture pop rnb de ces chansons sous des effets sonores et une certaine désincarnation par rapport au clinquant du référent initial, HTDW réussi paradoxalement a rendre le fond humain qui s’y cache plus présent et désirable que dans son modèle où il est exhibé et parodié de façon clownesque. Une chose voilée devient ainsi plus vive et désirable aux oreilles de l’auditeur curieux et amoureux des filtres qu’i l’en sépare. Tout cela fonctionne selon selon un principe classique de fétichisation : mettre à distance la chose désirée et jouir de cette distance et de l’exacerbation qu’elle génère.

Henni Alftan, le monde visible, 2010
Yves Netzammer, film still non identifié
Susan Hiller, hand grenades, cendres de peintures sous verre
Et aussi : L'homme debout expo sympathique, trop à l'étroit, mais réussie au stand Crousel avec de superbes Etienne Martin à coté de Hirshhorn et Séchas : corps troués, souples, traversés mais debouts ! très bien (sauf les pièces agrandies de Orozco : ridicule)
Et aussi
Les galeries dont j'ai noté le nom : Van Horn, de Dusseldorf, bel accrochage et choix, programmation très intéressante

et Kurimanzutto venue du Mexique, bel espace et accrochage, Bureau New York, en particulier pour les artistes Justin Matherly et Erica Baum (ci dessous)
Justin Matherly, Three Drafts of a Preface (III), 2007
OSB, MDF, pegboard, gold ext. acrylic mirror, pine, hollow core door, cedar, plywood, spray paint, acrylic paint

Justin Matherly, The degenerated instinct which turns against life with subterranean vengefulness, 2010
Concrete, ambulatory products
Erica Baum, Amnesia, 2009, Photographie
ainsi que la Galerie Linn Luehn de Cologne avec Christoph Schellberg, Michael Bauer, Kevin Zucker, Charlie Hammond et Florian Baudrexel, des trucs à la mode mais une cohérence et un gout particulier pour la rigueur et le monstrueux, la couleur et la matière sans perdre l'image. Bel équilibre.
Et un focus sur des artistes/Oeuvres découvertes :
Anca Munteanu Rimnic (ci-dessous) vue chez PSM, Berlin, artiste roumaine vivant en Allemagne, très tendance Kaleidoscope mais une sensualité des objets et formes exposés très subtile et précise. Visitez son site : http://ancamunteanu.com/




Je découvre mieux John Bock, chez Regen Projects, j'adore, 3 oeuvres récentes ci dessous :



Et toujours Catharina Van Eetvelde chez Greta Meert, décidément une des artistes vidéo/numérique les plus intéressante actuellement, son travail évolue à grande vitesse et se déploie magnifiquement dans l'espace réel et mental. Le prolongement de Sylvia Baechli avec d'autres moyens ...
ici vue de son expo dans la galerie, pas à la FIAC
et pour le plaisir, un Lili Reynaud aperçu dans un coin, Black Mariah, 2009
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puis un bel ensemble de Jan De Cock, des totems et meubles de mélaminé colorés hyper précis et sophistiqué chez Francesca Minini, Milan
suivi d'un beau Fischli & Weiss de 2010 à la Skarstedt Gallery

rappel historique d'un Broodthaers, "Société Dévisage ..." , 1969
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