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jeudi 15 août 2013

Valerie Blass

Une découverte récente à ajouter à ma série de posts monographiques : Valérie BLASS, artiste canadienne, de Montréal, née en 1967, déjà bien représentée dans les collections publiques nationales, inconnue chez nous (trop loin ? pas américaine ?) que des lieux comme la Salle de Bain ou le Confort Moderne pourraient montrer. Des images prises principalement sur le site de sa galerie Parisian Laundry.
 
Vue de l'exposition : Dos a dos, face à face, 2009, Galerie Foreman
 
Ses sculptures relèvent du montage/assemblage, entre différentes sources et contexts : matières, objets, morceaux de corps ou d'animaux, meubles design et fait main se rencontrent, comme dans la vie. Une pratique de l'ouverture de la création, des sens et des normes esthétiques sur le monde reel, bien plus aventureuse et moins systématiques que les Mai-Thu Perret ou Delphine Coindet (dans le genre figuration, modernité et contemporanéité), à rapprocher plutôt de Rachel Harrison et Sarah Tritz.
 
 
Mesurer en pied, en jambe et en queue, 2006 contreplaqué et peinture acrylique
 

Deux assemblages crédibles à partir de mon environnement immediat, 2007 casier, platre, pigment et objets


Pied-tete-main, 2012, polystyrene, papier, colle, pigments
 
Berg : Cris de mort de loulou dans loulou, 2011 céramique et objet en metal
 
 
She was a big success, 2009, mousse expansive, bois, cheveux, pigments
 
 
Déjà donné 2011, mousse expansive, bois et peinture acrylique


Presque Plus
 
 
Ne faire qu'un ni même deux, 2011, tissue, plâtre, mousse expansive, polystyrene.


Dans la position très singulière qui est la mienne, 2012



L'homme paille, 2008, jute, mousse, mannequin, Tête égyptienne
 
Femme-Panier, 2010, mannequin, collants, vétement trouvé, outils, panier, peinture
 


Cargo culte,  2011, platre, peinture, objets ready-made
 
Sculpture Bidon, 2012 gravure laser sur granite
 


Orca gladiator, 2012, polystyrene, ciment, resine, cuivre

 
Comme dans l'an quarante 2011, objets, céramiques, verre, floquage


 
Valérie Blass travaille une esthétique du corps pris dans la matière, les objets du monde et l'hybridation permanente de l'humain dans la culture. Elle est consciente de sa place dans le temps, de NOTRE place dans le temps, les temps (presents et continués du passé), dans l'histoire des formes et de leur localisation/ancrage, réel et symbolique. On appréciera l'humour de ses titres et de ses gestes, sa conception de l'oeuvre comme mise en scène des éléments qui la constituent, son aisance à intégrer des objets trouvés dans la vie qui écrivent (discrètement) une histoire personnelle mise en forme/récit (un "contre-imaginaire" dit-elle) par une véritable gymnastique mentale ET physique.
 
 
Valérie Blass
 
un catalogue de son travail est disponible ici

lundi 3 juin 2013

Mark Rothko, une décennie

Entrance to Subway, 1938

Seuils et descente vers les profondeurs ! A partir de cette toile que j'avais adoré à l'entrée de l'expo du MAMVP il y a quelques années (le reste moins, trop pompeux-sollenel-viril-héroique-coincé de la tête-moderniste finissant) j'ai sélectionné un ensemble de peintures réalisées par Mark Rothko entre 1938 à 1948, les années 40 en gros. Je les ai découvertes tout récemment sur le net (signalées par Simon Bergala) dans le cadre cette expo aux USA : Mark Rothko : The decisive years, 1940-1950.


Non identifié, 1938-39

On démarre sur du réalisme social, grosse tendance des années 30 aux USA pour glisser sous l'influence, incontournable également, du surréalisme, au travers des exils des européens et de leur influence sur les premiers grands modernes américains (Pollock, Gorky). Cette dimension mythologique se retrouve dans les titres (Léda, Iphigénie, Antigone) sous forme d'un retour vers l'antique revu par Picasso/Henry Moore puis va explorer des dimensions plus intérieures et monstrueuses, proprement surréalistes (tendance Matta ou Ernst).


Antigone, 1941


Leda, 1941


Archaic Seascape, 1943



Ce qui me semble singulier (je connais assez mal le paysage autour et du même moment aux USA, sauf Gorky), c'est d'abord la théâtralité des poses, des figures, des formes et de l'espace pictural, même abstrait. Puis l'humour et la joie de l'apparition des formes, entre dessin, texture et couleur, tout se génère en même temps (comme du Klee), la composition est au bord du flou ou du chaos mais existe dans une lumière unique : parfois cotoneuse, aquatique, glacée, élastique, aqueuse ...



Composition, 1941-42



non identifié, années 1940

Syrian Bull, 1943


Iphegenia and the sea, horizontal phantasy, 1943



Hierarchical birds, 1944


Ca grouille mais ça s'organise progressivement, à mesure justement que ça devient abstrait, éclaté. Ca s'organise selon un ordre et des critères picturaux où le geste et l'improvisation sont tenus et cadrés, mis en scène par les bords. Cet art est celui d'une anatomie du vivant, c'est-à-dire du geste, de l'objet-oeuvre et du regard : tous les 3 en train de naître et de se dissoudre les uns dans les autres/ se défaire les uns des autres. Et surtout quelles couleurs (très Georgia O'Keeffe) ! Quelles images jamais vues ! Quelle tendresse pour accueillir tout ça dans son oeuvre, sous son pinceau, dans sa tête quand les autres vous demandent d'expliquer tout. On n'est pas du tout dans le momumental viril ou la compétition conceptuelle (et stylistique donc publicitaire) des années 50 où chacun devra faire son statement, toi ton zip, toi tes drippings, moi les bandes, l'autre les coulures etc, bref... (je reviendrai ailleurs sur cette dimension publicitaire de l'art et sur le "traitres de l'art moderne et contemporain", Frank Stella, Guston, Robert Morris par exemple, qui ont réagit à ça)


Aquatic drama, 1946


Sans Titre, 1946-47 (Tate Modern)


non identifié


Sans titre, 1947


Sans Titre 1947 (SF Moma)

Ici donc un choix personnel d'oeuvres de cette époque pour se rafraichir les yeux et la tête, ailleurs : La catalogue de l'exposition et de cette période, trompeur avec sa couverture très Rothko tardif  : MARK ROTHKO,The Decisive Decade: 1940–1950. Skira Rizzoli Publications, Inc. New York

jeudi 18 octobre 2012

Nourritures acides

Maud Fässler, photo de la série Organs, 2003

John Hinde, blancmange with fruit, 1947

Sarah Tritz, photographie sans titre, 2012

Peter Knaup, légumes, 2000

John Groover, kitchen still life

Maxime Thieffine, photographie sans titre, 2012

Elad Lassry, zebrawood picture taupe, 2012
Martin Parr, british food, 1995

Irving Penn, frozen vegetables, 1977

L'image, la couleur, la nourriture et ses colorants, le goût acide ou la peur de toucher, donc lames et découpes, organisation, fibres, empilement, contact, équilibre, décomposition des matières, chimie, digestion ...

jeudi 2 août 2012

Les Maîtres du désordre





Scénographies par Jacob & MacFarlane, Images trouvées sur le web


Je suis allé voir cette exposition du Musée du Quai Branly, les Maîtres du Désordre, sur le tard, après avoir vu beaucoup de photos sur les téléphones d'amis et entendu de nombreux commentaires. J'ai vraiment aimé, pour la découverte d'objets-oeuvres incroyables  : en particulier les costumes et masques de fourrures Suisses et Bulgares, les Aripa de Nouvelle Guinée, les masques Tomalik des indiens d'Alaska. Coté art contemporain, beaucoup de choses semblait choisies de façon hasardeuse, en nombre trop grand et mal réparties (pourquoi ce fourre-tout final comme isolé du reste ? plutot que Gelitin par exemple ?) et souvent mal accrochées (Hirshhorn, Messager) et parfois hors de propos (Hirshhorn, Verna), prévisibles et obligatoires (Paul Mc Carthy, on a échappé à Mark Dion, ouf!) ou simplement laid et bête (la sculpture en verre horrible de Berdaguer & Pejus). Sur le fond, c'est un peu la même expo que Traces du Sacré, Danser sa vie, toutes les expos (très bonnes) du Musée Dapper ou Recettes des Dieux du Quai Branly en 2009 (géniale) ou de toutes expos d'art "primitif" ou éthnographique : ça parle de la société des hommes tout simplement, les plus étaient ce titre accrocheur (avec le coté rebel/rock'n roll lié au désordre, l'expo ira en Allemagne sous le titre Fous, artistes, Saints) et aussi d'ajouter le rapport des contemporains à cette dimension, mais il aurait fallut mieux choisir et connaitre les choses. Quid des Parangolés de Helio Oiticica qui auraient très bien pu figurer à coté des costumes de shaman de Sibérie, quid des premières sculptures de Bruce Conner, ou pour des artistes plus proches de nous du totem de Sarah Tritz (idéal sur les clowns et les êtres aux frontières des genres) ou des performances/sculptures de Charlie Jeffery, dans son rapport à la boue (Mud office) ou rites privés violents appliqués à notre monde. Néanmoins un grand merci pour avoir pu apprécier la performance de Beuys (Comment expliquer des tableaux à un lièvre mort) en vidéo, qui lui donne toute sa dimension théâtrale/tableaux vivant (derrière une vitre), qui met en scène le rapport de l'humain et de l'animal face à des oeuvres d'art parmi du mobilier, qui joue de qui est mort ? vivant ? et entre les deux/les 2 à la fois ? Et interroge le zoo, le spectacle et le musée d'un même geste, tendre et silencieux.


Vitrine de Aripa, Sculptures de bois unijambes de Nouvelle Guinée



Bruce Conner, snore, 1960

Sarah Tritz, ma travestie au repos (détail) 2011


Costume de Sourvaskar, Bulgarie


Josse Lieferinxe, St Michel et le dragon,




Masque Tomalik, Indien d'Alaska




Thomas Houseago, snake, 2007




Helio Oiticica, exemple de Parangolé porté, 1965



Pablo Picasso, Arlequin, 1927



Et le plaisir de découvrir des oeuvres incroyables de Picasso (pertinent ici, de qualité et bien mis en connexion avec le voisinage), les céramiques suspendues de Cameron Jamie, les vidéos de Stephen Dean, le rouleau de Kawanabe, le panneau extraordinaire de Josse Lieferinxe.



Joseph Beuys, 1965, Comment expliquer des tableaux a un lievre mort





Masque de terre Kachina, indiens d'amérique du Nord




Cameron Jamie, Inner Planets (détail)
 
Et la scéno m'a plu, une même logique appliquée sur l'ensemble, qui souligne la théatralité de ces questions de shaman, transe, rituels, en montrant la théâtralité et artifice de tout dispositif rituel (une exposition en étant un aussi), le travail sale et ordinaire derrière toute ritualisation / focalisation-dissimulation du visible. Du coup, j'ai cru au début que que la scéno annonçait des sculptures de Thomas Houseago qui utilise la même technique (à une échelle moindre) mais il n'était pas dans l'exposition.



Charlie Jeffery, reproduce, 2007




Gelitin, brauner garten, 2006