lundi 27 mai 2013

Richard SLEE


Celadon Princess, 2006

Une découverte récente, lors de ma propre initiation à la céramique lors de l'été 2012 grâce aux Lamarche-Ovize : Richard Slee, un grand artiste anglais qui produit depuis les années 60, qui travaille à associer la céramique à d'autres élements, à la mettre en scène, comme objet factice et mutant, dans la lignée d'un certain surréalisme voisin de Haim Steinbach (mais fait main), Ken Price, Ettore Sottsas et Bruno Peinado (en moins référencé à l'art).



carpet beater 2009

Il faut lire aussi le texte et voir les images de son expo/display au Victoria & Albert museum à Londres en 2010, superbe jeu avec le contexte, l'institution et le type de musée que c'est, l'espace de la salle et les vitrines ou voir son travail récent ici, plus systématique et "blague sur l'objet" à la Hale gallery, qui me plait moins. J'aime chez lui l'humour, la technicité qui réfléchit sur le médium et fait des "objet-mondes", en boucle sur eux-même, comme des natures mortes méditatives, post-humaines presque (son coté Mathieu Mercier). J'aime son jeu avec l'objet visuel, avec la valeur et le statut d'un médium, la céramique, au regard de l'art officiel tout court, son humour (ses titres très désignatifs ajoutent paradoxalement à l'abstraction de l'objet), l'humilité de sa pratique, son échelle d'oeuvres (pas du Jeff Koons, dont il est proche je trouve) et surtout son attention portée à l'artisanat ou même aux détails des objets industriels toujours nourris de caprices et d'arbitraires formels par les petites mains anonymes qui les dessinent. Il évoque souvent son gout pour les magasins de bricolage et de jardinage où l'on trouve toute sortes de formes, d'objet fragmentés à combiner, ces magasins sont vus par lui comme des palettes artistiques, des réserves formelles, ce que je partage bien sur avec lui. J'ai lu une interview (pas retrouvée sorry!) où il évoque la variété des formes et des lignes de manches de marteau et de hâches, qu'on peut acheter séparément. Ca fait réver sur la spécificité que j'imagine singulière de ce type de magasin dans les provinces de Grande Bretagne ...

Sausage, 2006


Viral Bush, 2008


saw with handles


saw with white handle, 2009-2010

Tools, Exposition au V&A Museum, 2010


carrots, 2009

Son art de la céramique va du coté du finish industriel, du lisse et de l'immaculé, de l'objet sorti de l'esprit plutot que fait main, en combinant l'univers du jouet, du logo, du patissier, de la cuisine, de la décoration mélant enfance, masculin et féminin, amateurisme et professionnalisme, violence et fragilité. Ce qui me touche, au fond c'est sa sensibilité à l'immense dose d'affect et de folie que les humains projettent dans les objets, ceux qui les font comme ceux qui vivent avec.


Piggy, 2010


Long dish, 1984


Block Plane, 2001


Pony in field, 1997


Thorn and Stump 1990


Toby as abstraction, 1994


Grill, 2000


Plough, 2004


dimanche 12 mai 2013

John C. Kacere

John C. Kacere (né en 1920 et mort en 1999) est un peintre hyper réaliste américain parmi tant d’autres, qui a eu (?) son heure de gloire dans les années 70, assez peu (ou pas du tout) vu en France (Gérard Schlosser avait pris le créneau ?), évidemment déconsidéré car figuratif, représentant des corps féminins, des corps colorés et sexy (tout ce qui est très très mal vu de notre milieu, qui, bien sur, vit dans un monde asexué, noir et blanc, objectif, etc…). Bref rien de correct politiquement, mais qui a bien des choses à nous enseigner sur l’art de regarder, sur la naissance du regard dans les plis du corps, sur la peinture comme pigment sur du tissu, sur la tension du regard et d’une toile, sur le net-flou, sur le cadrage et les vertus du trompe l’œil.


Judy, 1982


non identifié



Loretta, 1979



non identifié


Jutta, 1973, huile sur toile


non identifié


non identifié

Joni, 1990


Smith, 1972


non identifié


non identifié




non identifié

Technique qui consiste bien-sûr en une observation amoureuse et une analyse microscopique du réel pour ensuite traduire-transcoder cela dans une technique et dans le regard que le spectateur portera au travers de cette technique sur un sujet particulier. Tout à fait ce qui préoccupe Thomas Ruff et Vik Muniz par la photographie ou Roy Lichtenstein et Chuck Close en peinture. Ce travail ne me semble pas si éloigné de celui de la Picture Generation, sans le même rapport politique au plaisir visuel évidemment (car n’utilisant pas les mêmes outils, Kacere peint avec des pinceaux, à poils, comme Ingres). Aucune complaisance (élimination des visages), frontalité, sérialité et variations tout à fait Morandiniennes ...




Comme les Screen tests (portraits filmés) de Warhol, chaque « portrait » évoque un univers formel, un style et une époque, selon la croyance dans le principe que chaque corps/visage porte un imaginaire formel virtuel. Ici une toile évoquera les coulures de Jules Olitski, le chromatisme d’un Jean-Baptiste Oudry ou les dessous d’un Sargent ou annoncerait même les fictions corporelles-temporelles de John Currin.


Ce post fait partie d'une série d'articles monographiques présentés ici.

jeudi 9 mai 2013

Guillermo Pérez Villalta


Melancolía, 2008. huile sur toile de lin, 127 x 180 cm

Pérez Villalta, de son prénom Guillermo est un peintre espagnol né en 1848 et toujours actif, dont un coup d'oeil suffit à expliquer que l'on ne le connaisse pas plus dans nos cercles contemporains, qui, comme tous ceux qui suivent les traces de De Chirico, se voient logiquement mis à l'écart. Ecarté du contemporain, surtout si on fait de la peinture, d'autant plus si elle est figurative, encore plus si elle est colorée (donc pas sérieuse bien sur).

Artista viendo un libro de arte, 2008, huile sur toile, 180 x 250 cm


Eros y Psique, 2007

Ses peintures évoquent pour moi De Chirico (et même plutot le frère Alberto Savinio) ou un Magritte pour posters de supermarché des années 80, mais aussi le travail récent de Christian Hidaka et la lignée de Peter Saul et des imagistes de Chicago, école de peintres américains travaillant la figure, forcément minoritaire, queer, freak et monstrueuse et donc des sources culturelles dites basses ou vulgaires.


Ce qui me plait ici et qui me nourrit, c'est l'organisation des espaces, la posibilité de faire cohabiter un corps et des espaces dans des temporailités autres, solitaires mais affiliées, chacun (corps et décor) dans un temps différent mais réunit par le cadre et la composition, parfois mutant l'un avec l'autre, en cela il rejoint Hans Bellmer et m'inspire la pensée que tous ceux qui travaillent le corps, de Bonnard à Lucian Freud et Thomas Schutte, de Paula Rego à Ron Mueck, semblent écartés du contemporain, du cool et du montrable en société cultivée, comme quoi on n'est toujours pas sorti de l'art des salons bourgeois du 19eme sècle en dépis (ou à cause) des avant-gardes les plus libératrices.

Isla del barquito de vela, aquerelle sur papier, 2007, 32 x 24 cm


El encuentro de Salomón y la Reina de Saba, 2007. tempera sur lin. 180 x 180 cm




acanto


Conversación entre la invención y la metáfor, 2003


La  alberca, 1991

Une interview en espagnol ici a ARCO 2012, je ne sais pas ce qu'il dit, s'il est militant ou ringard ou convenu, connu ou reconnu, institutionalisé ou pas en Espagne, peu m'importe finalement puisque ses oeuvres sont là. Que ceux qui comprennent ce qu'il dit me disent si ça vaut le coup.


Ce post fait partie d'une série des posts monographiques présentées ici.

mercredi 8 mai 2013

Frank Hülsbömer





Une découverte au hasard des clicks et aperçus, Frank Hülsbömer, né en Allemagne en 1968, qui produit un travail photographique (si, si), autant comme artiste que photographe commercial, dans un premier temps, des vues de matériaux et textures manufacturés prises et mises en scène dans la rue puis désormais des photographies entièrement composées en atelier, avec une lumière qui évoque les prises de vues de Elad Lassry, Barbara Kasten (largement présentés auparavant sur ce blog) ou Thomas Demand, et bien sur, un imaginaire 3D-image de synthèse comme les détournent Amélie Bertrand ou Maude Maris dans leurs peintures.


Ses vues sont des compositions rétro-futuristes constructivistes pour magazine de mode ou de design. Ce qui est très bien si c'est là qu'on sait encore REGARDER et se délecter de l'art de la couleur, des formes, des textures, bref de tout l'héritage de la peinture éparpillé dans tous les autres médiums. Tout n'est pas extraordinaire mais ça active beaucoup de choses qui donnent envie de travailler tout simplement.












Ce post fait partie d'une série de posts monographiques présentées ici.

lundi 29 avril 2013

La Guerre du Gout


Philip Guston, the court room, 1970


Afin de réactiver le blog, une série de posts monographiques, normalement assez rares (ma mémoire vive vise plutôt à produire des effets de montages entres formes et œuvres diverses) cherchera à mettre en avant et à faire découvrir des œuvres et artistes négligés par nos circuits d’information habituels. Cela fait partie pour moi d’un projet plus vaste de révision et de réécriture de l’histoire de l’art moderne et contemporain (rien que ça !), non pas comme historien mais comme artiste, comme acteur tout simplement ; même si tous, artistes, critiques,  commissaires y participons plus ou moins consciemment et passivement.

Plus j’avance et mieux je connais et perçois mon travail, comme celui de mes contemporains et celui de mes ancêtres et plus je comprends que le récit diffusé dans nos têtes par le Musée, par certaines écoles (profs) et par les manuels d’art moderne et contemporain est erroné, simpliste et caduc aujourd’hui. Internet change beaucoup de choses, nivelle et redistribue les hiérarchies (tant mieux), les mythologies auto-promotionnelles des acteurs (artistes et critiques) années 60 et 70 vont reculer dans le fond du paysage, d’autres figures phares vont émerger, le paysage s’approfondit et bouge sans cesse. Je sais maintenant que rien n’est écrit pour toujours, c’est rafraichissant, car l’art « contemporain » vieillit et le regard qu’on porte sur lui change et va changer.


Philip Guston, Deluge II, 1975


Cette histoire de l’art récent est vivante, pleine des chemins complexes et secrets que prennent les formes et les pratiques. Les redécouvertes récentes de Alina Szapocznikow, Carol Rama, Phyllida Barlow, Michael Büthe, Lee Lozano par le monde de l’art contemporain ne sont que le début, je pense, d’une reformulation du récit multiple, éclaté, polyphonique, non linéaire et non darwiniste de l’art récent (non l’art moderne ne conduit pas obligatoirement à Mondrian ou à l’art minimal). L’exposition « Third Mind » de Ugo Rondinone au Palais de Tokyo (2007) qui me revient souvent en mémoire est aussi un modèle d’écriture personnelle (hyper précise) de l’histoire de l’art récent qui fait tache d’huile sur le récit « officiel », rien qu’à voir le succès et les redécouvertes critiques de Paul Thek, Hans Josephsohn, Jay DeFeo par exemple. Les avancées des cultural et gender studies y participent. Les présences régulières sur ce blog de Georgia O’Keeffe, Bruce Conner, Paul Klee, Robert Rauschenberg, Eve Hesse, Lee Lozano, Sheila Hicks, Jan Groover, Richard Tuttle, Philip Guston, pour connus qu’ils/elles soient, participent de cette même démarche. Leurs œuvres  restent à déployer quant aux conséquences qu’elles impliquent : sur la pensée incarnée du goût, du faire, du beau, du genre, du regard, de la valeur, du contemporain et du politique, de l’art comme discours ou non, de l’art comme virilité et jeu de pouvoir, de l’art comme invention de la vie quotidienne qui permet de le produire, entre autres questions brûlantes …


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On verra donc dans ces posts un art contemporain figuratif, récent ou pas, connu ou pas, professionnel ou pas mais qui dessinent des familles de formes et lignées d’inspirations trop ignorées ou innommés, donc pas vus, même quand on les a sous les yeux.
Tout cela est bien excitant, le futur s’invente tous les jours, mais c’est un combat (la guerre du goût, DES goûtS) contre des ennemis invisibles (des idéologies qui trainent), contre des expos de photocopies/documents en noir et blanc qui ressemblent aux CDI de notre collège d'enfance, contre la bonne conscience du savoir et de la recherche qui se réduit à du texte imprimé (n'y aurait-il donc aucune recherche VISUELLE et FORMELLE ?!?!!!!) ET contre de véritables personnes qui sont là (et qui reconduisent perpétuellement les même zones d’aveuglement). Donc, voilà, un blog plus ouvertement partisan (même s'il l’a toujours été). Pour ET Contre.